25 janvier 2018
Comm. : 2

Packaging : l’heure d’InDesign a t-elle sonné ?

L’emballage est en plein boom. D’ici à 2020, c’est un marché qui pèsera près de 100 milliards de dollars. Autant le dire, le secteur est florissant pour les acteurs de la filière, de l’agence de com en charge de la création jusqu’aux imprimeurs responsables de leur impression.

Cette explosion doit beaucoup à l’arrivée à maturité de l’impression numérique. Cadences d’impression en hausse, qualité irréprochable, souplesse des projets…ce qui était in-envisageable il y a quelques années est devenu réalité. Et nul besoin de rappeler les exemples récents pour vous en convaincre : pots de pâte à tartiner bariolés ou bouteilles de soda nommées.

Du pain béni pour les utilisateurs d’Adobe Illustrator me direz-vous ? Très certainement. C’est un logiciel éprouvé qui ne souffre guère de contestation dès que l’on façonne de la boite, de la bouteille ou autres conditionnements. Pourtant, les évolutions successives d’Adobe InDesign et les différents plug-ins disponibles amènent à se poser la question :

L’heure d’Adobe InDesign pour la conception de packagings n’a t’elle pas sonné ?

Cet article entend exposer les différents avantages à travailler avec Adobe InDesign pour le packaging en passant par une petite leçon d’histoire. C’est parti…

A) Aux origines

Dans un excellent article paru récemment, son auteur raconte l’histoire de la société Adobe de sa création à nos jours et surtout l’évolution de son chiffre d’affaires liée à l’innovation continue de ses produits. On (re)découvre donc qu’Adobe Illustrator est apparu en 1987 quand Adobe InDesign lui a émergé en 2001.

14 ans, autant dire un siècle en années informatiques. Lorsque le monde du packaging a eu besoin de l’ordinateur pour mettre au point ses projets, il s’est donc tourné vers le logiciel phare : Adobe Illustrator. Quant à Adobe InDesign, lancé comme le Quark XPress Killer, nul ne le prédestinait au monde du packaging. D’ailleurs, il faudra attendre de nombreuses versions avant que la question puisse tout simplement se poser.

InDesign CC 2018 splash screen

Encore aujourd’hui, nombre de graphistes crieront à l’hérésie lorsque vous proposerez de travailler avec InDesign.

Le fou !  Amenez-le au bûcher !

Cela est compréhensible, rappelez-vous les 14 ans de décalage qui ont créé la précédence. Et l’antériorité fait loi. Après tout, on en trouve encore qui ne jure que par le PostScript ou la conversion sauvage en CMJN avant l’envoi en imprimeur. Aussi j’en appelle à la raison du lecteur.

Il ne s’agit pas ici de dire qu’Illustrator est nul et les graphistes tous dans l’erreur. Nous souhaitons juste soulever le débat, montrer les possibles avantages d’InDesign en 2018 et démontrer comment l’un et l’autre peuvent collaborer, chacun avec leurs forces et leurs faiblesses.

B) A chacun sa nature

Alors qu’Adobe Illustrator est un outil fantastique pour la création vectorielle, j’ai toujours trouvé qu’il devenait pataud dès que le nombre d’éléments augmentait en flèche ou que j’importais des images.

cereales

Adobe InDesign a contrario est un logiciel idéal pour toute composition graphique incluant textes, tracés, images vectorielles ou raster. Ce n’est pas un logiciel de création graphique à proprement parler donc vous ne retrouverez pas les fonctionnalités de création d’Adobe Illustrator comme les filtres, les symboles, les déformations…

Création du « design » dans Illustrator, ajout des textes et autres éléments dans InDesign.

Cependant, Adobe InDesign a de nombreux atouts. Il peut importer des fichiers issus d’Adobe Illustrator. Aucune raison donc de se priver de la liberté de créer dans Illustrator puisqu’on pourra à tout moment lier ce fichier à la mise en page dans InDesign.

Ajout de Styles GREP dans Adobe InDesign

On notera aussi côté InDesign le contrôle en amont dynamique, la plus grande richesse typographique, une meilleure gestion des performances, le texte conditionnel, les filets, les arrières-plans de paragraphe, les styles d’objets, les recherches avancées (GREP, Glyphes, Objets), les styles imbriqués, les styles GREP

Mais ça ne s’arrête pas là, on continue…

C) Personnalisation et automatisation

Comme vu en introduction, l’envol du marché du packaging est lié à la capacité de produire des visuels hautement personnalisés et en courte série sur des presses numériques. La personnalisation est devenue un enjeu critique. Or plus on personnalise, plus on augment le nombre de packagings à préparer. Pour le pot de pâte à tartiner, ce sont 7 millions de combinaisons qui ont été générées.

Envisageriez-vous de préparer 7.000.000 fichiers de packs différents manuellement ?



Comment  donc produire une telle quantité de fichiers ? La réponse est simple, manuellement, c’est impossible. Pour des raisons de coûts évidemment, mais également de temps. Il faut donc automatiser. Or autant vous le dire tout de suite, Adobe Illustrator est plutôt sous-équipé en la matière.

Certes, il est possible de le piloter avec des scripts Javascript. Certes, il est possible d’utiliser des variables afin de modifier des textes et des images dynamiquement. Mais de ma propre expérience, le moteur de script d’Adobe Illustrator est lent, propice aux erreurs internes (les codeurs exposés aux erreur de type « PARM… » se reconnaîtront) et peu adapté aux lourdes charges.

Sans compter que toute utilisation d’Adobe Illustrator en mode « serveur » vous mettrait derechef en violation des conditions d’utilisations (cf. EULA paragraphe 2.1.7.2). Cela exclut tout scalabilité dans une solution de type web to print.


Fusion de données

Une première possibilité d’automatiser InDesign est de recourir à la fusion de données. C’est similaire dans l’esprit aux variables d’Adobe Illustrator. On charge un fichier CSV (comma separated value) ou tabulé (texte séparé par des tabulations), on applique des champs aux textes et images et en avant la musique.

L’implémentation est assez limitée cependant. L’encodage ou les retours charriots contenus dans des « cellules » peuvent poser soucis. En cas de modifications (et elles sont nombreuses en pack), il faut tout refaire ou corriger à la main.


Import XML

Autre fonctionnalité native d’InDesign, l’import de fichiers XML peut permettre la production de documents différenciés.

XML_pack

Cependant, l’implémentation XML commence à dater et a surtout été pensée pour des flux éditoriaux (magazine, journaux). Son utilisation en packaging est possible mais pas forcément très souple.


Scripting

Adobe InDesign est un outil idéal pour l’automatisation. L’API JavaScript permet d’attaquer la quasi totalité de l’application, ce qui reste un doux rêve dans Illustrator.

Un script javascript peut ainsi absorber un fichier  (csv, tabulé, excel, xml, json…) et injecter les données puis produire des PDFs en jouant sur les calques de langues ou tout autre paramètre. C’est certes un développement important avec une courbe d’apprentissage relativement longue mais le résultat peut en valoir la chandelle. Au besoin, confiez-nous vos projets de développements de scripts JavaScripts.

De plus, si votre production augmente et requiert d’utiliser Adobe InDesign Server, les scripts seront portables à moindre effort (quelques particularités mais rien de critique).


EasyCatalog

Ce plugin excelle dans la génération automatisée de documents personnalisés. Pour commencer, préparez vos éléments statiques dans InDesign, appliquez les champs dynamiques EasyCatalog et moulinez le tout.

En quelques secondes, vous avez produit des myriades de fichiers aux spécifications individuelles (habillage, images, textes, conditions,code-barres…).

Les packagings doivent souvent revêtir des mentions légales qui ne laissent aucune place à l’erreur.

Avec EasyCatalog, branchez-vous à une base de données et assurez-vous que votre packaging affiche bien pays par pays les informations utiles.

D) PDF 2.0, ISO 19593-1 et Processing Steps

Durant de nombreuses années, la spécification des informations utiles à la gestion des packagings en prepress a été inexistante. Tout le monde y allait donc de sa nomenclature et de ses arrangements pour converser.

Là un tracé de découpe, là un repère de pliage,  là un vernis sélectif ou là encore du blanc couvrant.

Grâce aux travaux du Ghent Work Group, cela est de l’histoire ancienne. Désormais les « Processing Steps » normalisent (la norme n’est pas encore tout à fait adoptée à date), les information de traitements. Plus fort encore, aucune nomenclature n’est imposée. Seul des attributs indiquent la nature d’un objet. Cela permet à tout un chacun de conserver son lexique propre tout en assurant une bonne communication à l’échelon mondial.

Exemple Processing Steps

Source : Ghent Work Group – Processing Steps Specification

En quoi cela concerne InDesign et sa capacité à traiter du packaging ? Et bien, ce travail peut être mené via le plugin MadeToPrint de Axaio. Les éléments ainsi taggués dans InDesign seront pris en compte lors de l’export PDF et assureront une qualité parfaite de reproduction chez l’imprimeur.

processings_steps_madetoprint

Oui mais MadeToPrint est aussi accessible pour Illustrator ! Alors à quoi bon ?

Et bien pour toutes les raisons vues avant ! Etre capable d’exporter un PDF certifié ISO 19593-1 depuis InDesign n’est que la cerise sur le gâteau. Et encore une fois, toute portée du process vers InDesign Server sera facilité si vous travaillez déjà avec InDesign Client.

E) Conclusion

L’heure d’Adobe InDesign pour le packaging a t-elle sonné ? En tout cas, je ne crois pas que l’on puisse le balayer d’un revers de manche comme autrefois. Les 14 années sont-elles comblées ? J’ai envie de le croire. Etre capable de créer un pack de A à Z dans Adobe Illustrator signifie t-il que c’est là le meilleur process en 2018 ? J’en doute.

Si l’on considère un projet de packaging comme un amalgame de différentes ressources : l’habillage, les textes, les tracés de découpe, les repères de pliages alors Adobe InDesign me semble un choix valable. Et si l’on rajoute la dimension automatique afin de répondre aux exigences de personnalisation avancée et de cadence élevée, alors j’en fais même mon candidat premier.

A nouveau, Adobe Illustrator est un super outil. Il a des ressources incroyables pour la création graphique. Mais s’il a une telle prégnance dans le packaging, est-ce seulement dû à ses qualités intrinsèques ou bien parce que pendant près de 20 ans, il n’a pas eu de concurrents (pardon à Corel…).

Oui mais avec Illustrator, je peux voir en 3D…

Ok, de quelle 3D parle t-on ici ? D’une extrusion isométrique avec placage ? Oui cela fonctionne mais peut-on réellement comparer cette fonctionnalité avec des logiciels de type IC3D ? Quand on cherche à représenter une scène, n’a t-on pas besoin de plus qu’un « cube » aussi joliment habillé soit-il dans Adobe Illustrator ?

Exemple de représentation 3D en situation d’un packaging avec IC3D

Pour finir, je sais bien que certains ne jureront jamais que par Illustrator. Encore une fois, je ne cherche pas ici à dire que c’est un mauvais logiciel. J’ouvre simplement la discussion sur la place prise par Adobe InDesign et sa capacité possible à s’imposer comme un nouvel outil de choix. À vous…

2 réponses à “Packaging : l’heure d’InDesign a t-elle sonné ?

  1. Hervé Pfeiffer dit :

    Ça fait des années que j’en parle et que j’essaie de convaincre certains de mes clients, mais chez les grands noms du pack, c’est troujours ArtPro qui est en bout de chaîne. Autant AP sait gérer un Ai, autant un Indd ou même un PDF, ce n’est pas (encore) envisageable…

  2. Loïc Aigon dit :

    Mais les choses évolueront j’en suis sûr. Un écosystème s’est construit en l’absence d’un concurrent et les usages se sont établis. Cependant, les contraintes marketing des marques qui demanderont toujours plus de personnalisation, de mesure et de réactivité tout en réduisant le Time to Market ne laisseront guère le choix aux acteurs.
    Le moment disruptif est arrivé et la bascule se fera y compris dans la douleur pour ceux qui essaieront de s’y opposer.

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